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Le saut en longueur


« Je me suis souvenu que, lorsque j'étais au collège, un professeur avait menacé les élèves de ma classe d'une terrible punition : devoir décrire, sur au moins trois pages, le saut en longueur d'un athlète !
Je ne sais plus si à l'époque, l'un de nous a écopé de cet abominable châtiment, mais après tant d'années, j'ai trouvé l'idée intéressante. Voici donc, en cette année olympique, pour le plaisir de l'exercice et de l'effort, un saut en longueur quelque peu idéalisé… »
Claude ATTARD le 05/07/2008.


Le saut en longueur


L'athlète est là–bas, tout au bout de la piste en terre battue rouge, légèrement penché, immobile comme une statue. Une de ses jambes est tendue en avant, l'autre est fléchie. Ses bras sont un peu pliés, mains à hauteur de ceinture, doigts largement écartés. Ainsi figé, il ressemble à la photographie d'un marcheur pressé. Pourtant, ses pieds sont chaussés de souliers cloutés et son maillot coloré porte un dossard qui flotte dans le vent léger, comme un drapeau qui arborerait un simple numéro.

Il s'anime. À peine. Il relève lentement sa tête, jusqu'alors baissée vers le sol qu'il va bientôt marteler de sa course. Ses yeux, apparemment, ne voient rien d'autre qu'un point droit devant lui. Que fixe-t-il ? Le long ruban de la piste étroite qui se déroule face à lui ? La planche d'appel, qu'il doit toucher avec précision après un fol élan tout en puissance ? Le sable lisse qui attend son empreinte ? Ou bien regarde-t-il encore plus loin, au-delà du sautoir, au-delà des gradins qui le cernent, au-delà même du stade, vers l'horizon qu'il n'atteindra pourtant pas par ce saut ?

Son torse se balance d'avant en arrière, lentement, pivotant autour de ses hanches comme un métronome. Élan avant l'élan, il prépare déjà ses membres au rythme sur lequel ils vont battre, à l'unisson de son c½ur. L'effort approche, apothéose de son entraînement, de ce qu'il a enduré depuis si longtemps afin de sculpter son corps à la forme parfaite, afin de forger ses muscles à la puissance maximale, afin de plier cette chair pour en faire l'outil idéal pour bondir, pour sauter, pour aller le plus loin en une unique impulsion, en un essor dans lequel il déverse toute son énergie, toute sa force, toute sa préparation, débutée il y a des années de cela.

Il perçoit la foule qui bruisse et frissonne, qui murmure et frémit, mais il ne l'entend pas vraiment. Il est seul face à cet élan, face à lui–même, face à l'explosion de vitalité qui couve en lui. Qu'attend-il ? À quel signe éthérique sait-il que tout est prêt en lui et dans le stade ?

L'athlète s'élance enfin, libérant l'impatience. Lentement d'abord, puis de plus en plus vite, ses jambes montent et descendent en accord parfait, mécanique implacable portée par l'entraînement au niveau le plus élevé qu'il ait pu puiser en lui, le plus proche de l'idéal qu'il s'est fixé. Pense-t-il, en courant ainsi, aux sacrifices qu'il s'est imposés ? Aux douceurs dont il s'est privé ? À la stricte alimentation à laquelle il s'est soumis ? À la souffrance physique qui a contraint ses muscles à se faire plus puissants, plus résistants, plus fuselés ? Aux douleurs infligées à lui–même pour accroire sa vitesse de récupération, pour améliorer le rythme de son souffle, pour se modeler, tailler dans sa masse le champion irréprochable qu'il a décidé de devenir ?

Son mental aussi a été soumis à un travail incessant pour pallier tout découragement à peine naissant, toute idée de renoncement, pour terrasser dans l'½uf toute lassitude.

Ses pieds frappent le sol, avides de le repousser en arrière, fiévreux et bouillonnants à présent qu'est tout proche l'instant du saut, l'instant de l'essor, l'instant qui concentre en lui toutes ses années d'efforts, de tensions, de fièvre tendue vers un seul but : aller le plus loin qu'il soit possible à un homme, et même plus encore, abattre les barrières du faisable, transformer par une alchimie de la volonté l'élan de la course horizontale en un envol vertical, et ne retomber qu'au–delà de toute limite visible.

Il approche de la planche d'appel, à moins que ce ne soit elle qui accourt vers lui. Il ne le sait plus, il ne la regarde pas, il ne la voit même pas, portant son attention ailleurs, au–delà même du possible, là où son esprit se trouve déjà, attendant que son corps, si lent malgré cette vitesse, le rejoigne enfin.

Les mâchoires de l'athlète sont tendues, serrées, crispées ; ses yeux sont exorbités ; ses doigts en éventails s'écartent les uns des autres comme s'ils se fuyaient. Il n'en a cure. Il est tout à sa course, tout à son objectif, là–bas.

Il atteint la planche d'appel, la frôle à peine, repousse d'un seul pied la Terre loin sous lui et il s'envole…

Je m'envole…

Je ne quitte pas des yeux ce point de couleur, dans les tribunes, loin devant moi. C'est lui mon but, c'est lui que je veux atteindre, le point inaccessible, le point bien trop loin pour un homme, à quelque deux cents mètres de moi, mais qu'importe ? Je veux l'atteindre, je veux planer jusque–là, je veux rendre possible l'inimaginable, l'impensable, l'irréaliste, l'inconcevable, aller plus loin que quiconque avant moi, plus loin que nul ne l'a jamais cru permis à un humain.

Je veux devenir l'égal des dieux, ces dieux du stade devant qui nos ancêtres déjà se prosternaient avec respect.
Je sais que le sable défile sous moi. Je sens mes jambes qui continuent à battre la course d'élan, à tourner dans le vide en une vaine tentative pour prendre encore de la vitesse, alors même qu'elle a commencé à décroître.

Je perçois un oiseau dans le ciel. Il me nargue par sa hauteur, par son vol nonchalant. Il peut d'un seul battement d'ailes traverser le stade, traverser la ville, tracer dans les cieux des lignes de plusieurs dizaines de kilomètres.

Je sais que je ne pourrais jamais lui ressembler, mais qu'importe ? Mon but n'est pas de voler, mon but est dans l'explosion de puissance qui jaillit de moi, dans la frénésie que je sens dans mes membres et qui me porte dans ce domaine où seuls les oiseaux et les dieux peuvent se rendre.

Je sais que je retombe déjà. Je n'ai pas poussé assez fort, je n'ai pas couru assez vite, je n'ai pas visé assez loin. Pas assez !

Pourtant, j'ai donné le meilleur de moi–même, j'ai souffert dans ma chair, je l'ai pliée à ma volonté, à mon désir, à mon ambition de passer l'horizon en un bond de géant. Pas assez !

Je tente, malgré tout de gagner quelques centimètres dérisoires en tendant mes jambes vers l'avant, vers ce but encore lointain. Quelques centimètres si ridicules, pour qui comptait en mètres… Quelques infimes fractions d'espace, pour qui voulait atteindre les cieux…

Le sol se rapproche. Mes pieds touchent le sable…

Ses pieds touchent le sable… L'athlète roule dans la terre meuble, faisant gicler un geyser de terre, poursuivant à regret sur ce qui reste de son élan, puis il interrompt sa course, comme son vol s'est interrompu en ramenant son corps vers le sol.

Il se relève, se redresse et s'éloigne sans se retourner, déçu peut–être, les yeux toujours fixés vers ce rêve encore inaccessible.

Dernière modification le : 26/11/2011 @ 20:44
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